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INTERRÈGNE: de quoi sera fait demain (épisode 2)

par | Déc 7, 2020 | Non classé | 2 commentaires

Nous vivons un interrègne. Notre époque, celle d’avant la pandémie, n’était qu’une illusion. La pandémie sera la réalité de demain.

La réalité est pourtant inatteignable. Tu le sais bien, lorsque tu regardes les étoiles par une belle nuit d’été, tu ne vois pas la réalité. On te l’a déjà dit, une immense partie des astres scintillants sont en fait déjà morts, parfois depuis la nuit des temps. Cependant qu’en sa béance la noirceur contient des millions d’étoiles récentes dont les lumières ne nous sont pas encore parvenues.

C’est cela un interrègne. Si tu entends les morts-vivants parler bien fort dans la lumière, si tu les écoutes te donner des leçons tandis que ton intuition remarque de nouveaux venus cachés dans l’ombre attendant de se révéler, tu sais que tu vis un interrègne. Un interrègne survient quand un système en remplace un autre. Économiquement, culturellement, linguistiquement, démographiquement, moralement, géopolitiquement.

Observe la confusion. Si tu vois les ambitieux courir ne sachant plus à quel maître se vouer, si tu vois les craintifs céder bien vite à ceux qui parlent le plus fort, si tu vois ton ami – face à ce qui était encore vu comme une injustice du temps du siècle des lumières -, passer du déni à la colère, de la colère à la négociation, puis de cette dernière à la soumission, tu sais que de nouvelles forces montantes sont à l’œuvre.

Nous vivons sans trop le savoir la fin du cycle des lumières, officiellement enfanté en 1776 dans les colonies américaines de l’empire britannique, baptisé par le feu et le sang en 1789 avec la Révolution française, confirmé en 1917 par l’absolutisme la Révolution russe. Sous tes yeux s’efface l’empire de la Raison. Comme diraient Hegel, Camus, ou Nietzsche, tu assistes à l’avènement encore désordonné d’autres volontés de puissance, chez toi autant qu’à des milliers de kilomètres.

Tu te rends compte qu’un interrègne est avant tout une période de confusion. Que tu vives en Europe ou au Canada, te voilà soudain confronté à une gigantesque dispersion des signes, à une fragmentation de ce que tu considérais comme ta mémoire. Tu es alors saisi par un sentiment d’absurdité qui te fait oublier ton amour de la vie que tu remplaces obscurément par la nécessité survivre face aux nouvelles forces. C’est le début de la perte du sens commun, cependant que ton esprit critique te répond : à quoi bon?

A quoi bon lutter contre les volontés de puissance en action? Certes, mais alors laquelle de ces puissances aura pris la suite de ton univers familier? Celles de la conscience ou bien celles de la violence? Celles d’un nouvel humanisme, ou bien celles de la déconstruction de l’être humain? Celles de la dispersion à l’infini des signes qui engendrent autant d’idoles, ou bien celles de la communion dans la montée et l’unité du sens?

(Suite au prochain épisode)

Crédit photo: Igor Mitoraj (mythe et musique)

2 Commentaires

  1. Adam

    « Les civilisations ne disparaissent pas, elles se suicident. »(Toynbee)

    Réponse
    • André Archimbaud

      « Quand une nation s’endort, elle finit par mourir ou tomber en esclavage » KEMAL ATATÜRK (cité de mémoire)

      Réponse

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