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PRÉDATEURS ET TIERS ÉTAT: de quoi sera fait demain? (épisode 5)

par | Jan 4, 2021 | Non classé | 0 commentaires

Les historiens découvriront un jour que les professeurs de morale étaient en réalité les prédateurs du tiers état de ce siècle. C’était en somme prévisible, dès l’instant que les droits de l’homme, science absolue, avaient remplacé les droits du clan, science relative, tout au long d’un chapelet de révolutions qui sans cesse voulaient remplacer la précédente afin de produire un homme nouveau, economicus accompli et techniquement parfait. Et ceci au sein d’un cycle de temps court.

Les anciens régimes s’étaient développés tout au long d’un cycle de temps long, de l’antiquité au 18e siècle. Chaque individu, en tant que substance « divine », y était unique, et sans privilège à l’égard d’autrui. Mais, en tant qu’animal social, chacun savait qu’il ne pouvait survivre que par la force des liens du sang : la famille directe se rassemblant en clans, les clans et tribus formant alors cités, provinces, nations. Un équilibre qui, à l’instar des cellules de notre corps, dépendait d’une harmonie organique entre les « gens » (au sens latin de famille élargie).

En notre interrègne, la fatalité de l’organisation a été remplacée par le goût du système. En mode organique, l’individu doit sa sécurité et sa survie au bon fonctionnement d’un clan élargi progressivement en castes fonctionnelles plus ou moins perméables, cependant qu’en mode systémique, le lien du sang et ses complexes mécanismes de fonctionnement dérivés n’ont plus d’importance. Chaque individu y est déterminé par son abstraction, affiliée à des catégories elles-mêmes abstraites qui font de lui un être interchangeable avec d’autres, et progressivement monofonctionnel.

Si dans les anciens régimes le sang (ou son illusion) est le premier déterminant de la confiance collective, dans les nouveaux régimes, au contraire, c’est le succès économique qui devient la clé du bonheur : la valeur marchande y devient progressivement la valeur morale. Économiquement « inefficaces » les anciens régimes ont paradoxalement fondé le socle culturel de l’humanité, toujours actuel. Économiquement « performants » les nouveaux régimes n’ont paradoxalement pu que parodier le principe de culture, en laquelle ils ne voient que productions.

Les anciens régimes sont morts de sclérose, pris dans leur nostalgie du passé qui les privait du moteur mythologique de l’archaïsme. Les nouveaux régimes se meurent naïvement de leur obsession du progrès, se privant du moteur futuriste de la vision à long terme. A défaut de stratégie historique, le futur technétronique de l’instantané reconstruit une humanité atomisée régie par une culture uniforme, donc désertique. Une culture où transpirent pourtant selon Guillaume Bigot de vieux archétypes qui font que le monde occidental est en réalité dirigé par une noblesse et un clergé sclérosés qui encadrent et dominent un tiers état représenté par 98% de ses populations, modèle désormais étendu à toute l’humanité avec l’irruption de l’übercapitalisme.

C’est ainsi que la noblesse (übercapitalistes et technocrates en quête de reconversion) et le clergé (les médias et les troupes de choc urbaines de la police religieuse) procèdent de temps à autre à de grands remplacements de prolétariats ou de classes moyennes, d’une zone économique de la planète à l’autre, au nom d’impératifs moraux, supérieurs. Autant de calculs néocolonialistes déguisés en solutions humanitaires. Les historiens découvriront un jour que ces professeurs de morale défiscalisés étaient en réalité les prédateurs du tiers état de ce siècle. L’Histoire ne se répète pas mais, sphérique, elle a des constantes.

Vidéo: Visages de géants, hommage à Igor Mitoraj

Photo: Visages de géants, temple de la concorde, Agrigente (Igor Mitoraj )

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