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En ces temps de peur de la mort, Zeus serait-il un bon mentor?

par | Sep 11, 2020 | Non classé | 0 commentaires

La peur de la mort mène à tout, comme le mentorat. Anahita l’a constaté. De même que le sanitaire devient la nouvelle religion. Et cette religion a inscrit les libertés individuelles sur la liste d’attente des obligations étatiques. Sécurité oblige. Certains pays en sont conscients, d’autres pas. Tout dépendra du sens de l’éthique de leurs dirigeants.

Parlons d’éthique et de mentorat. Selon le philosophe Luc Ferry, nos ancêtres spirituels grecs nous ont transmis, via le stoïcisme, des canons de conduite individuelle et collective, aujourd’hui jugés caducs. De quoi s’agit-il? Tout simplement de l’ordre cosmique. Évitons d’entrée un contresens, grâce à Olivier Adam* (voir son commentaire dans un précédent article de ce site): «  Le Chaos reste toujours opérant pour les Grecs, et ne fait jamais place définitivement au Cosmos. Le Chaos est béance, alors que le Cosmos est un constructivisme toujours temporaire, dont l’équilibre reste vulnérable « . Observons en effet que Gaïa s’y est prise à trois fois pour favoriser l’instauration cosmique: pour se libérer d’Ouranos, pour éliminer le Titan Cronos, pour « remettre Zeus dans le droit chemin » en libérant les géants du Tartare, au long de la gigantomachie (jusqu’à la victoire des Olympiens, avec l’aide de certains géants). Autrement dit le cosmos doit en permanence tenir compte du chaos , « toujours opérant ».

Pour le sage grec, nous dit Ferry, il faudra accomplir trois choses afin de devenir ou de rester une « bonne » personne:

D’abord s’efforcer de trouver la vérité. Car la vérité est enchâssée dans l’ordre cosmique. Ce n’est pas un concept abstrait. Le philosophe se consacrera à son dévoilement , tout comme le scientifique (à l’époque c’est souvent la même chose) se consacrera à sa découverte. Voici donc deux mots voisins, modestes et surtout bien étrangers à un autre bien plus orgueilleux, le moderne invention, amoureux de la table rase. Chez le Grec on n’ « invente » pas, car l’on respecte l’ordre cosmique. On découvre, on dévoile, on révèle. Ce qui explique l’utilité d’une méthode typiquement grecque: l’herméneutique (dont nous parlons dans notre livre).

Ensuite, chercher la justice (nous devrions dire « justesse » pour rester en phase) en suivant les préceptes du fronton de du temple de Delphes: avoir le sens de la mesure, et celui de sa place dans l’ordre cosmique, du macrocosme au microcosme. Il n’y a ni bien ni mal. Il y a ce qui est bon (l’harmonie) et ce qui est mauvais (la dissonance). Avec la quête de la vérité (point précédent) on cherche à comprendre le monde. Grâce à l’exercice « éthique » de la justice, l’on tente de comprendre sa place dans le monde, physique et humain. La justice, cela veut simplement dire « ajustement » à l’ordre cosmique. Autrement l’on risque d’être « désaxé » et de choir dans la béance.

Enfin, il faudra atteindre le beau. Il s’agit là encore de découvrir le « système esthétique » du monde. Le mot esthétique est une invention savante récente. Les grecs parlaient de « ce qui est beau ». Car comprendre ce qui est beau ne s’enseigne pas. Cela se comprend tout seul, que l’on soit savant ou berger, le beau représente donc la troisième partie de la « moralité » antique. Grâce à la quête du beau, l’on accède aux secrets harmonieux des moteurs de l’univers, via une communication instantanée.

Voici donc la trinité du bonheur philosophique, qui, on le comprend, concernait toute la société grecque, elle-même « microcosme » en perpétuelle adaptation. En perpétuel ajustement. Au risque de retomber dans le chaos.

Quid alors de nos entreprises et de leur encadrement? Sont-elles dans le vrai, dans le juste, dans le beau? Ou bien se perdent-elles dans l’hybris, et la démesure de certains de nos Titans du XXIe siècle ?

Parlons de l’innovation, sujet souvent mal compris. et prenons un exemple bio-pharmaceutique. L’innovation, nous semble-t-il, est « vraie, juste et belle » lorsqu’un chercheur replongera dans l’univers incommensurable de la pharmacopée (le vrai) pour « redécouvrir » des vieux produits en utilisant sa pensée latérale. Car l’innovation, c’est la pensée latérale, et non le produit « nouveau » lui-même. Mais parfois, hélas, la soif de néoténie, le goût de « l’invention », l’ivresse du prix Nobel ou son équivalent, pourront mener notre même chercheur sur les voies de la démesure, de la vanité et de l’arrogance. Sans pour autant maximiser ses chances de succès, ni atteindre la fortune, la sienne comme celle de ses actionnaires.

Ce ne sont que deux exemples extrêmes, mais qui laissent entrevoir qu’une relève de générations est nécessaire, en ce monde où dominent bien des géants dissonants. De nouveaux Olympiens du business seraient attendus, en somme. Après tout l’Olympe, ce n’est pas une affaire de légende. C’est une attitude qui peut rendre le monde, les gens, les entreprises, plus vrais, plus justes, plus beaux. Et plus prospères!

Ce fut le cas de la Renaissance en Europe. Tant il est vrai que richesse fait bien partie de l’harmonie du monde. Alors, avec le mentorat, oublions la peur de la mort! Et ne négligeons pas le chaos non plus, qui peut s’avérer parfois fort utile pour redécouvrir l’essence de l’efficience cosmique.

  • co-auteur (avec François-Bernard Huyghe) de la Soft Idéologie

Photo A. Archimbaud: le Zeus de l’Artémision ( sculpture quelquefois aussi considérée comme une représentation de Poséidon)

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