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Une jeune Québécoise réunit un réseau international d’initiés pour sortir de la caverne de la pandémie

par | Oct 14, 2020 | Non classé | 0 commentaires

André Archimbaud, vous publiez Anahita et la vipère des sables, un roman écrit pendant le confinement québécois résultant de la COVID-19. Vous y mettez en scène une jeune Québécoise d’origine persane, qui réunit virtuellement un réseau international d’initiés, artistes et philosophes, pour nous sortir de la pandémie. Pourquoi ?

Parce qu’ils savent que la peur de mourir nous empêchera de sortir de la caverne de la pandémie. Ils ont l’intuition que cette pandémie n’est pas ordinaire, et qu’une page se tourne dans l’histoire du monde. Ils pressentent que l’humanité est prête à renoncer à sa singularité prométhéenne pour rejoindre le confort animal, « épiméthéen » de l’absence de conscience, de l’obédience, de l’hyperspécialisation, de la servitude volontaire. Ils sont conscients de la surinformation et du sensationnalisme médiatique qui brouille tout sens critique. D’où cette peur de mourir si stridente qu’elle nous empêche de sortir de la caverne de la pandémie, précisément.

Ceci explique votre sous-titre mystérieux, « un confinement peut en cacher un autre ». Mais ce groupe ne cogite pas seulement pour le plaisir ?

Les protagonistes vont mettre au point, sous l’égide d’Anahita, une méthode philosophique de renforcement de la conscience et d’annulation de l’angoisse. Ceci afin d’éclairer toutes stratégies collectives futures du nouveau siècle. Ils pensent à l’ardente nécessité de relancer le monde en mariant écologie et anthropologie, de façon intégrale et intégrée. Ils puiseront dans le savoir de l’humanité, celui des traditions primordiales (zoroastrienne, grecque, védantique) et de l’ésotérisme juif, chrétien et islamique. Pour, une fois encore, sortir de la caverne de la pandémie.

Vaste programme ! Où voulez-vous en venir ?

Ce livre s’inscrit dans la continuation de mon précédent ouvrage, Pour l’amour d’Ariane (combat pour l’hémisphère nord) qui mêlait pensée sacrée et géopolitique, dont il emprunte quelques thèmes. Mais, par ses nombreuses interrogations, ce deuxième ouvrage semble aussi suggérer que les grands enjeux géopolitiques perdent progressivement de leur pertinence. Les initiés d’Anahita essaient surtout de comprendre si le monde de demain sera chaotique et vide, ou s’il sera olympien, cosmique, harmonieux. Alors, pour ces initiés de l’interrègne, le confinement n’est que secondaire, dans la mesure où le vrai problème de l’humanité, enfermée dans sa bulle psychologique, est de ne voir de la réalité extérieure que ses ombres portées sur les parois de la caverne, sans accéder jamais à l’air libre.

Et cet extérieur, c’est quoi ?

La disparition de l’équilibre olympien par la marchandisation des hommes, l’irruption de l’hubris parmi les géants de ce monde. Ce livre est fondé sur une prémonition, analogique, celle d’une nouvelle gigantomachie en action, car Gaïa a en quelques décennies permis l’avènement du règne titanesque de Cronos/Chronos, celui qui dévore ses enfants, autrement dit l’übercapitalisme du XXIe siècle qui décide de tout. Y compris des stratégies sanitaires. Et Gaïa, désemparée, endémique et pandémique, ne sait plus comment faire entrer en lice les Olympiens et cyclopes des temps à venir. Autant de drames, que le lecteur saisira à la fin de l’ouvrage.

Car il y a une surprise ?

Je me tais sur ce point. Mais je reviens sur ceci : cette pandémie, et tout ce qu’elle englobe, n’est pas de l’ordre d’un simple « évènement sanitaire », mais de celui d’un saut qualitatif brusque, pour parler comme un marxiste, qui nous mène directement à la prophétie proposée par Zbigniew Brzezinski dans l’ère technétronique. Celle d’un monde dirigé par une poignée d’individus, produits de la nouvelle économie übercapitaliste, technétronique. Celle des « Big Tech ».

Autrement dit, ceux qui se posent la question de savoir quand « la vie va reprendre comme avant », se mettent le doigt dans l’œil ?

Exactement ! Nous avons franchi un cap, et changeons de maîtres. Nous n’en sommes plus au complexe militaro-industriel qui tire les ficelles, ou au grand capital, comme l’on disait encore il y a quelques décennies, ou encore à la finance, comme l’on disait encore il y a quelques mois. Nous en sommes à l’aube d’une nouvelle organisation du monde, voulue par les géants du business technétronique planétaire, qui annoncent le dépérissement de l’État et des institutions millénaires, obstacles à l’homo economicus, tout en s’immisçant par leurs stratégies hygiénistes, ou celles de l’intelligence artificielle, dans le destin de l’homo sapiens.

Nous trompons-nous vraiment sur le retour à la normale ?

Je ne pense pas que ces géants ont en tête de gérer le petit bonheur bourgeois des descendants de soubrettes et de valets de ferme que nous sommes. En quelques générations nos aïeux nous ont hissé à ce statut de classe moyenne, nous offrant le meilleur du monde en un clic ou à moins d’un bloc de chez soi, sous forme d’épiceries fines, de restaurants exotiques, ou de compagnies aériennes. Non, ces géants planétaires, qui ont accompli des choses extraordinaires, sont devenus plus riches que les États. Ils ont fini par devenir mégalomanes, saisis par l’ivresse de la puissance.

Vous n’y allez pas un peu fort ?

Je ne crois pas. C’est un phénomène naturel qu’un général romain au retour d’une campagne victorieuse, veuille contrôler le consulat et le sénat pour diriger l’Empire. Mais au moins, lors de son triomphe, un serviteur est appointé à ses côtés, sur son char, pour lui rappeler qu’il n’est qu’un homme. Au contraire, aujourd’hui, les serviteurs se bousculent pour monter dans son jet privé pour se rendre dans les conclaves de l’élite internationale qui décidera de l’allocation planétaire du capital, physique et humain. Parmi ces serviteurs on trouvera moult ministres et experts internationaux, devenus les nouveaux chefs de filiale et cadres supérieurs de la “planète.inc”.

Donc ce nouvel élitisme n’a rien à voir avec l’ancien ?

Précisément ! Car ces élites ne sont pas prédatrices. Elles sont transformatrices, parfaitement capables à elles seules, du moins elles le croient, de reconstruire le monde, la planète, l’humanité, voire-même l’espèce humaine. Il faut avouer que c’est un projet énivrant. Un projet tellement beau, tellement parfait, qu’il justifie de mettre fin à la mauvaise gestion des États, des provinces, des entreprises de la vieille économie, et de tout ce tissu « égoïste » de l’individualisme : les PME et les petits commerces.

On a l’impression en vous entendant de revivre le livre d’Orwell, 1984, qui décrivait déjà une organisation sociale similaire. Mais que retenez-vous de la gestion de la pandémie ?

Ce qui m’a frappé c’est l’extrême facilité avec laquelle les États ont décidé d’amputer l’économie mondiale de 30 à 40%. Et de laisser le chômage remonter à des taux dignes de ceux de la grande crise des années 30 et 40. Cependant que les géants s’enrichissaient. Mais ce qui m’a surpris le plus, c’est l’extrême docilité des populations, tenaillées par la peur de mourir. Le pli a été pris pour subir l’éternelle « courbe en forme de K », celle ou l’économie reprend pour les nouveaux « géants », aussi cyniques que moralisateurs, et abandonne le reste de la population à une sorte de servage librement consenti.

Que voulez-vous dire ?

Le sanitaire devient la nouvelle religion, qui remplace la démocratie et les droits de la personne. De quoi donner des sueurs froides. Placés en de mauvaises mains, les outils technétroniques de l’hygiénisme, du transhumanisme, et de l’intelligence artificielle, alliés à la peur de mourir des populations, me font penser aux périodes noires de l’histoire du XXe siècle. Qui aurait cru que Paris retourne à l’ère du couvre-feu?

Vous auriez aussi bien pu intituler ce livre Biopolitique et Philosophie. Revenons à l’héroïne : vous avez choisi une Québécoise d’aujourd’hui, d’origine persane, et zoroastrienne. Une « désaxée »?

Oui et non. Oui, car transplantée dans un pays bien différent de celui de ses racines ; oui, parce qu’elle a été initiée sexuellement et philosophiquement par un homme beaucoup plus âgé qu’elle, pour atteindre la transcendance absolue. Non, parce qu’elle a réussi au Québec, et qu’elle y a une vie sociale riche et stimulante. Mais, si j’ose dire, contrairement à bien des Canadiens, elle a l’expérience de la souffrance géopolitique, qui, j’en sais quelque chose personnellement, ouvre la voie de la pensée latérale.

Vous affirmez qu’Anahita est un exemple de la femme ultime. Je ne comprends pas l’idée.

Je reprends dans mon livre un certain nombre de concepts développés par le kabbaliste français Raymond Abellio. Il a présenté au long de son œuvre romanesque (La fosse de Babel, Visages immobiles) le personnage de la femme ultime, qui apparait en des moments clé de l’aventure de la vie pour résoudre l’impossible, car on ne peut pas la dissoudre. Elle seule comprend et enveloppe le chaos autant que le cosmos. Mais je laisse le soin au lecteur d’en découvrir la nature.

Je constate que dans ce monde de brouillage des signes, vous avez effleuré l’ensemble des sujets, en posant beaucoup de questions tout en étant parcimonieux sur les réponses. Vous ne seriez pas un peu jésuite ?

J’ai ici choisi l’approche du mentorat, celle du savoir-être plutôt que du savoir-faire. Ce livre déroule selon moi un parcours initiatique. Il faut que l’apprenti dispose des outils, pour se prendre en charge, outils que j’espère avoir apportés. Ce sera à l’apprenti d’utiliser un certain nombre de recettes que je lui propose, venue des temps où Dante écrivait la Divine Comédie. D’où l’idée des personnages de produire en temps utile une sérié télévisée en douze épisodes qui les fera descendre aux Enfers afin de sortir de la crise. En résolvant douze énigmes philosophiques qui nous feront remonter dans l’unité du sens par-delà le chaos de la multiplicité des signes.

Vous avez donc d’autres ouvrages en préparation?

Oui, le prochain ouvrage nous fera donc voyager dans l’extra-monde, en compagnie d’Albert Camus, afin d’interroger les mânes des illustres sur le sens de l’absurdité du monde, résumé en douze énigmes. Le suivant présentera Anahita, ou son avatar, dans le rôle de la prêtresse qui domptera les brigands de ce monde. Car faudra toujours sortir de la caverne de la pandémie, virale, ou mentale, quelle qu’elle soit. Il y aura toujours des pandémies.

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